L’apprentissage n’est pas récent. Il était déjà proposé quand j’étais étudiant, au siècle dernier… Toutefois, l’apprentissage a augmenté de façon significative ces dernières années en France. Loin de l’image d’Epinal des compagnons en CAP, l’apprentissage s’est largement ouvert à l’enseignement supérieur. Quelles sont les tendances et résultats de ces dernières années ?

L’apprentissage : cinq fois plus en dix ans dans l’enseignement supérieur

Fin 2023, le million de contrats d’apprentissage était franchi ! Il y en avait moins de 500 000 en 2018. Soit au global, un gros doublement. Il s’agit ici de l’ensemble des contrats : les filières professionnelles connaissaient déjà l’intérêt de ce dispositif et l’utilisaient déjà.

La tendance longue montre le palier franchi en dix ans :

  • en 2013, le stock des contrats d’apprentissages tournait autour de 135 000 ;
  • en 2023/24, cela tourne autour de 650 000 !

Augmentation du stock de contrats d'apprentissage depuis 2013

Le Ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche pointe plusieurs facteurs pour expliquer cette hausse :

  • d’abord la réglementation : la loi du 5 septembre 2018 visait notamment à faciliter la création de nouvelles formations en apprentissage par des organismes de formation ;
  • ensuite financier pour les entreprises : des aides accordées pour l’embauche d’apprentis (en juillet 2020 suite à la crise sanitaire, jusqu’à fin 2022). Il s’agit de 8 000 euros d’aide annuelle versée aux entreprises pour l’embauche d’un apprenti majeur ;
  • l’intérêt des étudiants pour ce type de formation, permettant une première expérience dans le monde professionnel et de pouvoir financer ses études en étant rémunéré.

Les bénéficiaires des contrats d’apprentissage : les filières

En 2012, les filières techniques (équivalent CAP et Bac) bénéficiaient de plus des deux tiers des contrats d’apprentissage. En 2022, ces deux tiers servent essentiellement aux filières post-bac. La croissance de ces dernières années a essentiellement bénéficié aux filières bac + 3 et bac +5.

part des contrats d'apprentissage par niveau des filières

Au sein de ces filières, l’évolution récente marque encore plus l’augmentation relative des filières à bac +3 et à bac +5.

 

part d'élèves en contrats d'apprentissage par filière de l'enseignement supérieur en France

Avec l’apprentissage, ces filières, parfois accusées de contribuer à la reproduction sociale, ou d’être des formations de « fils à papa », rebattent les cartes : les écoles de commerce comptent en 2022 plus d’un quart d’élèves qui bénéficient d’un contrat d’apprentissage. Cela veut dire que les élèves touchent un salaire mensuel, ce qui contribue au financement de leurs études. Avec seulement un point d’écart en 2020, les formations d’ingénieurs marquent un retard de près de dix points en 2022 par rapport aux écoles de commerce.

Les bénéficiaires des contrats d’apprentissage : les élèves

Quel est l’impact sur les jeunes en France ? Comparons les deux formations citées précédemment : ingénieurs et écoles de commerce. Il faut alors comparer la différence entre les étudiants « scolaires » (qui payent leurs études) et ceux en apprentissage (qui bénéficient donc d’une rémunération). Le MESR-SIES a publié en septembre 2023 une note détaillant la répartition des étudiants en apprentissage et en formation initiale hors apprentissage (scolaires) selon l’origine sociale. Le graphique suivant en est un extrait.

 

Pour les élèves en formation d’ingénieurs, 18% des étudiants en apprentissage ont des parents employés ou ouvriers, quand les élèves scolaires de la même CSP représentent 10%. Ce chiffre est encore plus marqué pour les écoles de commerce : près de 26% des étudiants en apprentissage. A contrario des idées reçues, cette étude montre aussi que les formations d’ingénieurs accueillent moins d’enfants d’ouvriers et d’employés que les écoles de commerce.

L’autre bonne nouvelle sur l’apprentissage

Pour cette analyse, nous observons le nombre total de contrats conclus. Je n’ai malheureusement pas trouvé de données sur le détail des contrats par genre pour les contrats de formation d’enseignement supérieur. On retrouve l’augmentation globale du nombre de contrats.

Entre 2012 et 2022, les femmes en contrats d’apprentissage passent de 33% à 45% du total. Ce que je trouve particulièrement remarquable est surtout l’augmentation absolue du nombre de femmes sur la période, bénéficiant de cet accès aux études : le nombre d’hommes double et celui des femmes triple !

Nombre de contrats d'apprentissage par sexe 2012 - 2022

Mon optimisme me dit que c’est autant d’accès à des filières qui auraient été plus compliquées d’accès sans ces financements.

 

 

Sources :

  • DARES, Open data, juin 2024
  • Notes d’analyse du Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche
  • Open data du Ministère du travail