Nous ne sommes pas tous libres et égaux sur Internet


Le mois dernier un mouvement de contestation d’ampleur a secoué l’Iran. Cela a fait relativement peu de bruit dans le monde au moment des faits, et cela est en grande partie dû à la maîtrise du réseau Internet par le régime iranien.

Que s’est-il passé en Iran ?

La hausse des prix de l’essence, décidée par le gouvernement le 15 novembre, a conduit dans la rue des milliers d’Iraniens. Pendant trois jours, une contestation d’une rare ampleur a secoué des dizaines de villes du pays et la répression qui a suivi a fait plus de 300 morts selon Amnesty international.

La loi de proximité n’est pas la seule raison pour laquelle les pays occidentaux en ont peu entendu parler. Outre de rappeler au monde que le régime est prêt aux pires atrocités pour se maintenir au pouvoir, ces événements ont permis de révéler le degré de maîtrise dont dispose le pouvoir iranien sur l’Internet local.

L’Internet, contraction d’interconnected network (réseaux interconnectés), n’est donc pas le même pour tous ?

La censure d’Internet, dans les dictatures… mais pas uniquement

La Chine a construit by design, dès les années 1990, un réseau Internet national, qu’elle  contrôle de diverses manières, empêchant ses citoyens d’accéder à des milliers de sites, notamment occidentaux. Des sujets sensibles comme le massacre de Tian’anmen, le Dalaï-lama ou encore les manifestations à Hong Kong sont inaccessibles sur le Web chinois. Sur un ton plus léger, il arrive aussi au régime de bloquer certains mots ou noms : il y a quelques années, « Winnie l’ourson » a été banni du Web chinois, le personnage étant utilisé pour figurer Xi Jinping sur les réseaux sociaux.

Comparaison entre Winnie l'Ourson et Tigrou d'un côté, Xi Jinping et Barack Obama de l'autre

Comparaison entre Xi Jinping sortant par le tout ouvrant de sa voiture et Winnie l'Ourson dans une voiture jouet

 

La Chine représente sans doute ce qui ce fait de mieux en combinatoire « niveau de censure x nombre de citoyens connectés » et le régime chinois serait tout à fait en mesure d’opérer les mêmes opérations de blocage que celles qui ont eu lieu en Iran. Il aurait déjà mené des tests dans certaines régions.

En Corée du Nord, il est probable qu’une partie importante de la population ne connaisse même pas l’existence d’Internet. Pour les quelques « happy few » qui y ont accès, il s’agirait d’un Internet de quelques milliers de sites contrôlés par le gouvernement (communications, assurances, mails). Les internautes locaux sont étroitement contrôlés et ceux qui possèdent un ordinateur doivent préalablement l’avoir déclaré au commissariat local (ou l’équivalent).

De manière moins systématique, de nombreux autres pays pratiquent un contrôle partiel du net, notamment des réseaux sociaux, par exemple :

En quoi la coupure en Iran est-elle particulière ?

Le réseau iranien a la particularité de n’être relié à l’Internet mondial que par trois points d’entrée seulement, contrôlés par les trois opérateurs du pays, aux ordres du régime. Ce dernier peut donc décider de couper brutalement les liens entre l’Iran et le reste du monde.

Les iraniens n’auront pas accès au Web mondial et le monde extérieur n’aura aucune visibilité sur ce qui se passe en Iran.

Quant au Web iranien, celui-ci est suffisamment maîtrisé par le régime pour empêcher que les citoyens ne s’organisent en vue de manifester ou pour ne laisser filtrer que les sites Web des organes de presse officiels. Comme souvent dans les dictatures, la menace extérieure est brandie pour expliquer la répression comme la censure.

Contrairement à la Chine, ce mode de fonctionnement est le fruit d’un travail de longue haleine du régime, qui a transformé son réseau Internet pour en faire un réseau « national » et en conserver la maîtrise.

Il s’agit de la première fois que Téhéran procède ainsi à une coupure majeure de son trafic Internet, en partie parce que le régime n’est parvenu à une telle maîtrise que très récemment.

Ce type de censure est-il envisageable en France ?

En France et dans la majorité des démocraties, comme aux Etats-Unis, le réseau est relié au reste du monde par un nombre si élevé de « routes » que le blocage apparait comme impossible. La fermeture de sites Internet est rare et se fait sur décision de justice (moins dépendante du pouvoir en France). Pour autant la question du filtrage de certains contenus (haine, violence…) dont la diffusion est accélérée par les réseaux sociaux, revient régulièrement dans l’actualité.

Arnaud Bouclon

Arnaud rejoint ISlean consulting en 2011 après un passage chez Ernst & Young. Il accompagne tout particulièrement les PME dans leurs problématiques de transformation. Arnaud est diplômé de l'ESSCA.

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