Dans l’univers complexe du transport de marchandises, un segment obéit à des contraintes bien particulières : le transport de produits frais. Alors que la demande pour ces produits ne cesse de croître, la chaine logistique du froid est en proie à des défis de taille pour répondre à la demande et aux exigences règlementaires.

Les spécificités de la chaine logistique du froid

Le transport de produits périssables présente une complexité et un savoir-faire particulier, notamment s’il concerne des produits d’origine animale. On peut distinguer les particularités suivantes :

  • La nécessité de maintenir une température constante : Les produits frais doivent être transportés à des températures spécifiques (température dirigée) pour préserver leur qualité et leur sécurité. Cela nécessite des équipements et des processus dédiés.
  • Les délais de livraison serrés : C’est une course contre la montre afin de maximiser la DLC (Date Limite de Consommation) en faveur des industriels, des distributeurs ou du consommateur. Cela favorise des transports de moins grosses quantités mais plus régulièrement et engendre une planification et une exécution de la logistique plus difficiles que pour des produits non périssables.
  • La réglementation sanitaire: Le transport entre professionnels de produits frais et notamment d’origine animale est soumis à des réglementations en matière de santé et de sécurité. Les règles sont définies sous le contrôle des services vétérinaires (DDPP – Direction Départementale de la Protection des Populations) qui valident le protocole de gestion des marchandises (agrément sanitaire) et s’assurent de son respect.

Ces spécificités exigent une chaîne logistique parfaitement orchestrée. Tout écart peut compromettre la qualité des produits et entraîner des pertes financières importantes. Le renforcement régulier des règles sanitaires oblige souvent les sociétés à renoncer à leur propre service de livraison en faveur de sous-traitants spécialisés.

Une demande croissante de transport de produits frais

Avec l’essor des habitudes de consommation axées sur la santé et le bien-être, la demande pour des produits frais n’a jamais été aussi forte. Des fruits et légumes aux produits laitiers et de la mer, les consommateurs recherchent des aliments frais et de qualité supérieure.

Cette tendance s’accompagne d’une augmentation de la demande de transport direct entre le producteur et le consommateur, favorisée par la croissance du commerce électronique, de l’économie circulaire et des circuits courts.

Par ailleurs, le besoin de produits plus sains, a incité les industriels à ajuster leurs recettes en limitant les intrans (aditifs, notamment utilisés pour la conservation) ce qui a tendance à réduire la durée de conservation (DLC – date limite de conservation) des produits élaborés.

Ces évolutions engendrent une augmentions du volume transporté, mais également la démultiplication du nombre de points de collecte et de livraison sur le dernier kilomètre, en particulier sur les zones denses d’agglomération.

Quels impacts sur la logistique urbaine ?

La livraison du dernier kilomètre de produits frais dans les grandes métropoles et notamment à Paris est un défi majeur pour les entreprises de logistique et de distribution. La densité de la population, la congestion du trafic et les réglementations environnementales sont autant de facteurs qui compliquent la tâche. Les produits frais, tels que les fruits et légumes ou les produits d’origine animale, nécessitent une manipulation et un transport soigneux. Les consommateurs et implicitement les commerçants dont ils dépendent, sont de plus en plus exigeants en matière de délais de livraison et de respect de l’environnement.

Ces tendances, associées à l’augmentation des volumes de livraisons forcent les grandes agglomérations à légiférer en incitant les acteurs de la logistique à s’organiser pour limiter le nombre de véhicules, favoriser les énergies renouvelables et promouvoir de nouvelles solutions de transport. Ces évolutions devront cependant prendre en compte les contraintes spécifiques de la logistique du froid, souvent peu compatibles avec les véhicules électriques pour des raisons de consommation.

Sur ce sujet, nous vous invitons à lire notre livre blanc sur la logistique urbaine.

La logistique urbaine du frais est un enjeu majeur de transformation, notamment pour les Marchés d’Intérêt National (MIN) comme celui de Rungis, qui fournit l’immense majorité des commerces de produits frais sur la région parisienne.

Il sera également intéressant de dresser un bilan de l’expérience des Jeux Olympique qui va simuler sur une plus courte période, l’augmentation les volumes transportés tout en limitant la circulation des véhicules dans certaines zones.

Transport à l’international – Un métier à part entière

La chaine logistique du froid à l’international, en particulier quand elle est utilisée pour des produits d’origine animale, est un processus complexe qui nécessite une planification et une coordination minutieuses. Les réglementations sanitaires qui varient d’un pays à l’autre, sont l’un des principaux défis à relever. Les produits doivent être accompagnés de certificats sanitaires et d’exportation, et être soumis à des inspections à l’arrivée. Les produits périssables nécessitent un contrôle précis de la température tout au long du transport pour maintenir leur qualité et leur sécurité.

Enfin, les coûts de transport et les formalités douanières peuvent également représenter des obstacles importants pour les entreprises qui souhaitent exporter des produits frais. Il n’est pas rare qu’une palette de marchandise reste bloquée plusieurs jours à la douane pour un document incomplet. Elle est alors refusée par le client, entrainant des pertes financières très importantes. Toutes ces contraintes font du transport de produits frais à l’international un processus complexe et exigeant.

Il est donc fortement conseillé de faire appel à un transitaire spécialisé sur un pays ou une région du monde, afin de vous aider à mettre en place les échanges de denrées.

L’importance de la technologie dans le transport de produits frais

Face à ces défis, les entreprises de transport se tournent de plus en plus vers la technologie pour optimiser leurs opérations. On pense bien entendu aux TMS (Transport Management System) qui permettent aux entreprises de gérer leur infrastructure logistique de manière plus efficace et centralisée. Ils offrent une visibilité en temps réel sur la localisation et la température des camions, en optimisant les itinéraires de livraison, en automatisant les processus administratifs tout en facilitant la traçabilité des produits alimentaires.

Ces outils sont de plus en plus spécialisés et certains d’entre eux sont dédiés au transport sous température dirigée.

Par ailleurs, l’émergence de nouvelles technologies, comme l’IOT permet la multiplication de capteurs pour suivre et garantir la chaine du froid de bout en bout. S’il était possible de suivre la position d’un camion et les températures de ses différents compartiments en temps réel depuis longtemps, les capteurs IOT permettent de mesurer et de transmettre les températures de contenants spécifiques et de restituer les données de suivi auprès de clients exigeants comme la restauration collective, les produits de la mer ou le médical.

Quelles perspectives ?

Le transport de produits frais représente un marché en pleine évolution, offrant à la fois des défis et des opportunités pour les entreprises de transport. Les nouvelles technologies permettront aux professionnels d’améliorer leur performance, de répondre au niveau d’exigences de leurs clients et à la complexification des obligations règlementaires. Le transport sous température dirigée n’échappe pas au changement systémique de la logistique du dernier kilomètre, mais ses spécificités en font un marché à part entière, souvent négligé dans le paysage global du transport en zone urbaine.