Dans le secteur de l’industrie et de la logistique, l’utilisation d’emballages jetables a longtemps été la norme. Plastiques, cartons, bouteilles et autres contenants à usage unique ont facilité le transport et le stockage des marchandises. Cependant, cette pratique a des conséquences désastreuses sur l’environnement et la société. Aujourd’hui, la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) pousse les acteurs du marché à repenser leurs pratiques et à opter pour des solutions plus durables.

Pourquoi le marché s’est orienté historiquement vers le jetable ?

L’utilisation d’emballages jetables dans la logistique et l’industrie remonte aux années 1950, avec l’essor du commerce international et de la grande distribution. Les emballages jetables ont offert de nombreux avantages : légèreté, praticité, flexibilité et faible coût tout permettant de protéger les marchandises pendant le transport et le stockage.
De plus, les emballages jetables répondaient aux exigences des chaînes d’approvisionnement mondiales. Les produits fabriqués dans des pays éloignés devaient être transportés sur de longues distances, ce qui nécessitait des emballages résistants et peu couteux, tout en évitant de les transporter sur le trajet retour.
Le faible cout du transport, de l’énergie et des matières premières a favorisé l’adoption de ces contenants.

Une pratique arrivée à son paroxysme !

L’industrie et le transport sont de grands consommateurs d’emballage et c’est la partie de l’iceberg invisible du consommateur. Comment imaginer que son taboulé acheté au supermarché était conditionné dans un carton quelques heures avant. Que pendant sa fabrication, les différents ingrédients étaient eux même dans des emballages provisoires, eux même dans des cartons, etc ….
La durée de vie des emballages de produits, à chaque étape de leur élaboration, est souvent de quelques jours, notamment dans le cadre de flux tendus. Ceci pour assurer le transport ou le conditionnement entre sites. Je vous laisse imaginer les emballages successifs de tous les composants et matières premières sollicitées dans la fabrication d’un produit complexe comme un ordinateur.

L’utilisation massive d’emballages jetables a des conséquences environnementales et sociales désastreuses. Les ressources naturelles sont surexploitées pour fabriquer ces emballages, qui génèrent ensuite des déchets importants et contribuent aux émissions de gaz à effet de serre.
Selon l’ADEME (Agence de la transition écologique), les emballages représentent environ 50 % des déchets produits par les activités économiques en France. Les emballages en carton et en bois représentent à eux seuls plus de 50 % des déchets (ADEME, 2021). De plus, la production d’emballages en bois contribue à la déforestation et à la perte de biodiversité.

Le recyclage : une solution transitoire

A la lecture de ces informations, il est très probable que vous vous disiez que les actions de collecte et de recyclage sont suffisantes et que le carton est une matière recyclable à l’infini, tout comme le verre. Ces deux éléments sont en effet les plus performants en termes de collecte et de recyclage. Selon le site du gouvernement, ils sont recyclés respectivement à 71% et 88%.
Cependant, tout n’est pas rose. Pour le carton, seulement 61% peut être réellement transformée en nouveaux cartons. Ce qui porte à 43% la part réellement recyclée à partir des cartons collectés. Pour l’anecdote, même s’il est très peu utilisé en milieu industriel, je vous invite à lire l’article du monde de l’énergie pour démystifier l’image « recyclage à l’infini » du verre.

Au-delà de ces considérations RSE, le cout de la matière première et de sa transformation a considérablement augmenté. Les emballages utilisés par l’industrie et la logistique étant principalement produits à partir du bois, la flambée récente des prix a changé la donne en quelques année. Entre 2020 et 2022, le prix du bois a augmenté de près de 330% à l’international et de 87% en France (source : Centre d’Etude d’Economie du Bois).
Cette évolution brutale a fait réagir les industriels qui cherchent de plus en plus à remettre en question les pratiques historiques.

Source : Centre d’étude de l’économie du bois https://observatoire.franceboisforet.com/wp-content/uploads/2014/06/CEEB-2023-T1_Sciage-et-bois-energie.pdf

Enfin, la règlementation s’est profondément engagée vers une gestion plus responsable des emballages. Les obligations de ces dernières années ont progressivement évolué de l’obligation de tri, puis à l’incitation à la baisse de volume, et enfin à l’obligation d’utilisation de contenants réutilisables.

C’est d’ailleurs un des nombreux axes de la loi anti-gaspillage (AGEC) de 2020. Elle prévoit notamment l’extension de la REP (Responsabilité Elargie des Producteurs) datant de 1996 à la restauration (Janvier 2021), puis aux emballages professionnels (Janvier 2025). Pour renforcer cette approche, le projet de loi européen voté le 22 novembre 2023 prévoit que 10% des emballages de transport devront être réemployables à partir du 1er janvier 2030. Le pourcentage passera à 30% au 1er janvier 2040.

Vers une transformation durable de l’emballage

Dans ce paysage en pleine mutation, il est urgent de repenser les pratiques d’emballage dans la logistique et l’industrie. Des solutions durables existent et se développent, comme les emballages réutilisables, et l’écoconception. Si l’industrie utilise depuis longtemps des contenants réutilisables pour les besoins internes, la nécessité de les transporter implique une gestion des contenants beaucoup plus complexe.

Les acteurs de la logistique sont donc au centre de cette transformation. Ils font face à de nombreux défis pour gérer les emballages réutilisables. Tout d’abord, cela nécessite une gestion plus complexe des stocks et des flux logistiques, car les emballages doivent être récupérés, triés, nettoyés et réparés avant d’être réutilisés. Cela peut entraîner des coûts supplémentaires pour les entreprises, en particulier si elles n’ont pas les ressources nécessaires pour gérer efficacement ce processus. En outre, les emballages réutilisables doivent être conçus pour durer dans le temps et résister à de multiples utilisations, ce qui peut nécessiter des investissements initiaux plus élevés que pour les emballages jetables.

Les entreprises doivent également s’assurer que les emballages réutilisables sont compatibles avec leurs équipements et leurs processus de production, ce qui peut nécessiter des adaptations coûteuses. Malgré les initiatives comme celle de GS1, il peut être difficile de convaincre les clients et les partenaires commerciaux d’adopter des emballages réutilisables. En particulier s’ils sont habitués aux emballages jetables et s’ils perçoivent les emballages réutilisables comme moins pratiques ou moins hygiéniques. Les acteurs de la logistique doivent donc travailler en étroite collaboration avec l’ensemble de leur chaîne d’approvisionnement pour surmonter ces défis et mettre en place des systèmes d’emballages réutilisables efficaces et durables.

La palette Europe, en avance sur son temps :
Tout comme les conteneurs maritimes, les palettes « Europe » font partie des rares emballages standardisés et réutilisables. Ce standard dates de 1950, sous l’impulsion des chemins de fer internationaux. Ce plan de palette est adopté par 18 réseaux de chemins de fer européens. Il s’agit de la palette portant le signe « EUR » sigle appartenant aux chemins de fers Autrichiens, la Rail Cargo Austria (RCA). Elle est aujourd’hui un standard dans le transport et obéit à un modèle d’économie circulaire vertueux (matière première durable, réutilisation, réparation, recyclage).

En synthèse

Les emballages jetables ont longtemps été la norme dans la logistique et l’industrie, mais leur impact environnemental et social n’est plus un modèle d’avenir. Des solutions durables existent et se développent, comme les emballages réutilisables et l’écoconception. Ces nouveaux usages nécessitent de récupérer, trier, nettoyer et réparer les contenants avant d’être réutilisées. Les acteurs de la logistique sont donc au cœur d’une transformation progressive pour se désengager de « l’ère du jetable ».
Les entreprises doivent s’engager dans cette transition et intégrer la RSE dans leur stratégie. Les pouvoirs publics et les consommateurs ont également un rôle à jouer pour encourager cette transition vers une logistique et une industrie plus respectueuse de l’environnement. La mort annoncée des emballages jetables est une opportunité pour un avenir plus durable.