Les femmes dans le numérique: de pionnières à minoritaires


Dans toutes les branches du secteur numérique, la femme est sous-représentée. Ce secteur est pourtant en pleine croissance et crée des centaines de milliers d’emplois. Alors comment expliquer la diminution de la proportion de femmes travaillant dans le numérique et le digital ? Malgré un marché de l’emploi en IT très convoité, l’Union Européenne devrait souffrir dans quelques années d’une pénurie de ces profils.

Les femmes dans le numérique : de pionnières à minoritaires

1. Les femmes, pionnières du numérique

L’insuffisance des femmes dans le secteur numérique n’a pas toujours été d’actualité. Dès le début du 19ème siècle, les femmes se positionnent à l’origine de l’informatique et ce secteur devient majoritairement féminin. Aujourd’hui méconnues du grand public, Ada Lovelace ou Hedy Lamarr ont participé au fondement de la science du numérique.

  • Ada Lovelace 

Ada Lovelace (1815-1852) est une comtesse anglaise connue pour avoir réalisé le premier programme informatique. Génie visionnaire, elle développe ce qu’elle appelle une « science poétique ». Pendant près de 20 ans, elle construit avec Charles Babbage à ses côtés « la machine analytique », d’un siècle l’ancêtre de l’ordinateur moderne. 

Elle modélise également ce qui permettrait à une machine d’agir seul. Celle-ci aurait pour objectif de maîtriser, outre le calcul numérique de base, les nombres et les symboles : « la machine tisse des motifs algébriques comme le métier de Jacquard tisse des fleurs et des feuilles ». La première programmation informatique est née. 

En son hommage, son nom est donné au langage de programmation : « Ada » par  le département de la Défense américain (DoD) en 1978. 

  • Hedy LamarrHedy Lamarr, Actress, Vintage, Movies, Motion Pictures

Hedy Lamarr (1914-2000) est une actrice Hollywoodienne et inventrice de la technologie WiFi. Dans le contexte de la Seconde Guerre Mondiale, elle imagine en 1941 un système de guidage indétectable des torpilles grâce au saut de fréquence, à partir de feuilles de musique perforées. Son principe est aujourd’hui utilisé pour les GPS, les communications cryptés et le WiFi.

  • Et bien d’autres…

Grace Hopper, Margaret Hamilton, Frances Allen, Adele Goldberg… toutes ont contribué au développement de la science du numérique. 

2. L’évolution surprenante de la position de la femme dans le numérique

  • De la domination des métiers de l’informatique dans les années 70…

Dans les années 1970, de toutes les formations techniques, la filière informatique est la deuxième comportant le plus de femmes ingénieurs. Le numérique a longtemps été un domaine méconnu : considéré comme tertiaire et dépourvu de son aspect transversal. Le « calcul numérique » était loin de la prestige des traditionnelles filières scientifiques. 

À partir des années 1980, cette filière est de plus en plus convoitée par les hommes, diminuant la proportion de femme dans ce milieu, leur nombre restant contant.

  • … À sa dégringolade dans les années 1980

Ce graphique est tiré de l’étude « Effet de genre : le paradoxe des études d’informatique » réalisée par Isabelle Collet, chercheuse à l’université de Genève, spécialiste en sciences de l’éducation. La tendance concernant le monde des ingénieurs est particulière. En effet, bien que la proportion de femmes demeure minoritaire, on remarque une évolution fulgurante des femmes diplômées d’école ingénieurs depuis quelques décennies.

Figure 1 : Pourcentage des femmes diplômées d’écoles d’ingénieurs de 1972 à 2010, la rubrique informatique a été renommée STIC au début des années 2000.

 

De plus, selon un rapport publié par le Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, les écoles d’ingénieurs comportaient 72% d’hommes et 28% de femmes en 2011. Aujourd’hui, la situation stagne, les femmes représentent toujours moins de 30% des effectifs des écoles d’ingénieurs.  

En revanche, on observe sur la courbe bleue, qu’à l’inverse de la croissance des autres branches de l’ingénierie, celle du numérique ne connait aucune évolution positive. 

Toujours d’après l’étude d’Isabelle Collet, nous observons sur le graphique ci-dessous le nombre (attention nous changeons d’unité !) d’étudiant(e)s diplômés avec l’option informatique. 

Figure 2: Nombre d’étudiant(e)s diplômé(e)s de l’option informatique puis STIC dans cinq écoles d’ingénieurs de 1980 à 2010.

Celui-ci est resté stable et a traversé les années alors que le secteur du numérique connait un développement rapide et propose une considérable quantité d’emplois. Alors, bien sûr en terme de proportion… cela n’est pas terrible !

Le milieu du numérique est devenu transversal et indispensable au développement de tous les autres secteurs. En devenant un acteur-clé de notre économie, la mixité au sein du numérique s’est faite de plus en rare. Ce phénomène est difficilement explicable : question de capacité cognitive ? Disons que cette façon de pensée est un peu désuète… Le manque de volonté de prise de risque (l’innovation étant une prise de risque constante) ? Difficile à considérer. 

De nombreuses études, majoritairement sociologiques, tentent d’expliquer cet effet : « si trop peu de femmes franchissent le cap de l’entrepreneuriat, c’est avant tout parce que la société leur met des barrières en tête » annonce Céline Lazorthes, la fondatrice et dirigeante de Leetchi.com dans l’article Il faut plus de femmes dans le numérique, elles pensent les services et les besoins différemment publié sur le site gouvernement.fr. Mais ce développement serait le sujet d’un autre article ! 

3. L’importance de la présence féminine et les actions entreprises dans ce sens

  • La place légitime incontestable de la femme dans l’entreprise

Il est évident que la femme a tout autant sa place dans la sphère numérique que l’homme.

On sait aussi que la mixité est un atout crucial pour nos entreprises. Économiquement, la parité participe à la hausse du chiffre d’affaire. Les femmes ont une approche différente du service, du besoin et du risque. Les différentes façons de penser et d’entreprendre sont complémentaires et donc enrichissantes. Mais cela serait, encore une fois, le sujet d’un autre article !

  • Et que fait-on pour ?

Il est  indispensable de sensibiliser la population féminine au  numérique. Les cibles de sensibilisations sont larges : du grand public, en passant par les sponsors jusque à l’éducation nationale et l’enseignement supérieur. 

Diverses actions existent pour lutter contre le déséquilibre des genres : 

– Les interventions dans les établissements scolaires (écoles primaires jusqu’aux lycées),

– L’organisation de réseaux de formations aux métiers du numérique (Grand Ecole du Numérique),

– Le programme « ambition féminine » faisant partie de la [email protected]émie,

– Des réseaux de sensibilisation des femmes au numérique avec par exemple womenintechnologie. 

La Journée de la Femme Digitale, dont la première édition a eue lieu en 2013 a pour objectif « de fournir des cas pratiques, des conseils et des possibilités de réseautage pour les femmes actives dans le domaine du numérique ». Cette année, autour du thème « Elles Changent le Monde », elle s’est déroulée au Dakar. Lors de cette septième édition, ont été attribués les Margaret qui récompensent des femmes digitales engagées et innovantes. Ce prix rend rend hommage à la célèbre informaticienne et ingénieur qui a contribué a faire atterrir l’Homme sur la lune : Margaret Hamilton.

Noémie Hirsch

Noémie a étudié à l’Université Panthéon-Sorbonne en économie internationale. Elle a réalise une césure d'un an en entreprise, dans le conseil. Les thématiques de la stratégie, du digital et de la dimension internationale l’intéressent tout particulièrement.

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Noémie Hirsch
Noémie a étudié à l’Université Panthéon-Sorbonne en économie internationale. Elle a réalise une césure d'un an en entreprise, dans le conseil. Les thématiques de la stratégie, du digital et de la dimension internationale l’intéressent tout particulièrement.

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