L’importance de l’humain face aux avancées technologiques – illustration dans la Medtech avec le cas de l’orthopédie


La révolution numérique a permis des avancés importantes dans bien des domaines dont le secteur de la santé. Depuis des siècles les progrès technologiques ont été utilisés pour faire avancer les soins. A l’ère du numérique tout s’accélère faisant de nos films de science-fiction des quasi réalités ! 40 milliards d’euros, c’est le chiffre d’affaire que pourrait générer d’ici 2030 les start-up et entreprises françaises de l’innovation santé[1]. Face à une telle manne, il est important de toujours placer l’expertise médicale et l’accompagnement humain au centre.

Intéressons-nous dans ce présent article à la Medtech (Medical Technology), l’une des branches de l’innovation santé avec la Biotech (Biological Technology).

La Medtech a toujours existé

Les premiers hommes ont naturellement cherché à conserver la posture debout. Ils ont regorgé d’ingéniosité pour remplacer leur membre manquant. Constitué d’un mélange de carton, de lin, de colle animale et d’une sorte de plâtre, « l’orteil de Greville Chester » datant d’au moins 600 ans avant JC est l’une des plus anciennes prothèses découverte à ce jour. Datant de la même époque, l’autre prothèse découverte est faite en bois et en cuir.

Medtech, ce terme tendance définit en réalité un concept des plus ancien : l’idée de se servir de la technologie pour faire avancer la médecine. Les principes et besoins sont toujours les mêmes, mais grâce à l’évolution de la technologie et des matériaux, leur application en est démocratisée et plus physiologiquement adaptée.

L’orthoprothésiste : une approche humaine omniprésente dans le processus d’appareillage.

 A travers ma passion pour le sport et le hasard des rencontres, j’ai pu m’engager depuis deux ans aux côtés d’Orthoway pour œuvrer à la démocratisation du sport pour tous. Cet article permet de mettre en avant cette profession du secteur de la Medtech et d’illustrer par l’exemple les enjeux des personnes amputées.

Depuis la naissance, suite à un accident ou une maladie plus de 60 000 personnes ont aujourd’hui une prothèse en France[2]. Le processus de soin est relativement bien identifié comme nous l’explique Florian Ferrando – Orthoprothésiste chez Orthoway :

  • L’indispensable passage à l’hôpital et en centre de rééducation. Cette étape intervient après l’accident, une fois l’état stabilisé, à l’issu de la cicatrisation et de la remise en activité musculaire. La durée varie en fonction du patient. Ce dernier sera amené à revenir consulter au centre de manière régulière, qui s’espacent ensuite dans le temps, pour mener des vérifications ou des évolutions de la prothèse avec le spécialiste MPR (Médecine Physique et de Réadaptation).
  • La première prise de contact entre le patient et l’orthoprothésiste. Elle s’effectue principalement au niveau des centres puis en cabinet. L’orthoprothésiste intervient dès lors que le patient est apte à redevenir autonome. Il va dès lors appareiller sur mesure le patient puis en assurer l’accompagnement tant technique qu’humain.
  • Le suivi au quotidien du patient. N’oublions pas que nous parlons ici d’un membre qui a été traumatisé, engendrant une évolution de l’état physique du patient. « Il y a donc des jours avec et des jours sans » comme en témoigne un patient rencontré lors d’une journée Handicap & You. Au-delà de tout appareillage, l’accompagnement psychologique est alors fondamental. L’orthoprothésiste doit faire preuve de pédagogie, d’expertises et de réactivité au quotidien. Les consultations avec les orthoprothésistes d’Orthoway sont dès lors gratuites pour favoriser au maximum les échanges.

Chez les patients, il y a tous les âges et tous les profils. Néanmoins, il convient de mettre l’accent sur le fait que beaucoup d’enfants sont encore mal équipés suite à la non acceptation des parents face à la situation. Le regard des autres, la non adaptation des activités courantes tel que la pratique sportive, l’appréhension de ce nouveau membre sont autant d’éléments qui peuvent créer un rejet ou un mal-être du patient vis-à-vis de sa prothèse. L’organisation de groupe de rencontres et de parole entre patients et professionnels est ainsi en cours de structuration au sein d’Orthoway.

Aujourd’hui, au-delà des progrès techniques, la Medtech doit relever le défi des enjeux humains associés à ses produits et services. Il est donc important de démocratiser le sujet du handicap afin de faire évoluer les consciences et les pratiques.

 

Les prothèses d’aujourd’hui : un savant assemblage alliant confort et performance

La prothèse remplace un membre. (A la différence l’orthèse, tel que le corset, qui supplée un membre déficient)

Marcher, courir ou encore sauter, les prothèses ont bien évolué et sont aujourd’hui au quotidien fortement sollicités. Elles doivent donc être adaptées au mieux au patient. Florian Ferrando nous rappelle ainsi l’importance de la communication avec le patient pour produire, assembler et adapter de manière unique la prothèse. Découvrons dès lors toute la complexité technique de cette fabrication composée de 4 éléments :

  • Les manchons (image N°1) : Ils constituent l’interface entre le membre résiduel et l’emboiture. Ils protègent, apportent du confort et permettent le maintien de la prothèse. Les manchons peuvent être réalisés dans trois matériaux différents : le silicone, le copolymère ou l’uréthane.
  • L’emboiture (image N°2) : elle est produite sur mesure par Orthoway à partir d’un moulage en plâtre. Elle reçoit le membre résiduel recouvert de son manchon. Elle est donc sensible aux évolutions physiques du patient.
  • Le système d’accrochage (image N°3) est situé au fond de l’emboiture et offre un maintient optimal qui améliore la proprioception. Les pièces constituant le système sont fabriquées par des industriels car elles sont normées.
  • Les genoux, pieds, coudes (image N°4) … varient en fonction de la capacité physique du patient. C’est donc le médecin spécialiste MPR qui fixe au sein du centre de rééducation la catégorie de la pièce. Cette dernière est de fabrication industrielle.

De la jambe de bois au carbone, les prothèses orthopédiques ont considérablement évolué grâce aux progrès scientifiques. Pour beaucoup de patient, elles assurent le remplacement de leur membre amputé pour leur vie au quotidien. Mais le quotidien rime pour certains, et j’espère pour de plus en plus, avec une pratique sportive. Les athlètes du handisport disposent de prothèses de plus en plus perfectionnées alliant légèreté et résistance pour une performance optimale. En passionnée de course à pied, je citerai la prothèse la plus connue et utilisée par les amputés au niveau de la jambe : la « Flex-Foot » commercialisée sous le nom de « Cheetah » et réalisée en fibres de carbones imprégnés dans de la résine époxyde [3]. Très en vogue en athlétisme, ce modèle offre un retour d’énergie efficace à son porteur. L’évolution des prothèses a permis aux personnes en situation de handicap de pratiquer un sport. Durant les 40 dernières années, le nombre d’athlètes participant aux Jeux Paralympique est passé de 500 en 1960 à près de 4 500 personnes en 2012 [4]. Pouvant atteindre des dizaines de milliers d’euros, ces modèles représentent néanmoins un investissement conséquent pour les athlètes handisport.

Et demain les prothèses ? Du numérique mais pas que !

5 axes d’évolutions technologiques sont en train de faire évoluer les prothèses :

  • La connectivité pour une adaptation de la prothèse au plus près des besoins du patient. L’enjeu est d’avoir une interaction entre l’appareillage et le smartphone pour communiquer et recueillir des données en direct. Par exemple, une prothèse de main connectée avec une application pourrait obtenir en temps réel de nouvelles fonctionnalités. Il est également possible de varier la sécurité de la prothèse de main ou de genou en fonction de l’activité effectuée par le patient.
  • L’intelligence artificielle pour des prothèses bioniques, c’est-à-dire un auto-ajustement de cette dernière[5]. Ce procédé est encore au stade de recherche mais présente des résultats très concluants pour optimiser notamment la rééducation et l’adaptation de la prothèse aux différents styles de marche.
  • Les neuroprothèses issus de la collaboration entre la recherche technologique et chirurgicale. Connectées, directement au cerveau, ces prothèses pourront un jour permettre de retrouver des sensations tactile tout en simplifiant le quotidien des patients.
  • L’évolution des matériaux pour amener davantage de confort aux patients.
  • L’impression 3D reste une pratique marginale pour l’instant. A la différence des prothèses « classiques », ce dispositif n’est pas remboursé par la sécurité sociale. Pour les orthoprothésistes, les premières limites de ce dispositif sont la lenteur de la production et la non capacité de retouches. Les prothèses par impression 3D servent actuellement pour du design, des essayages et de l’expérimentation.
  • Et enfin, la personnalisation graphique des prothèses (image N°1 ci-dessous). Cette tendance renvoie à la notion d’acceptabilité et d’appropriation de l’appareillage soulevée précédemment. Orthoway travaille ainsi de façon étroite avec un partenaire issu du monde du tatouage et du stylisme pour de grandes marques. Les patients peuvent ainsi customiser leur prothèse en fonction de leurs goûts et de leur personnalité.

L’histoire de l’humanité a toujours été étroitement liée aux progrès conjoint de la médecine et de la technologie. Même si ce principe est vrai depuis les premiers pas de l’Homme, le secteur de la santé connaît une mutation accélérée depuis plus d’une décennie. Les Medtech transforment un marché complexe, où la prise en compte des usages conditionne l’acceptation des innovations. L’illustration présentée à travers cet article met en avant cette dynamique où le patient, l’Homme, demeure au cœur de toute évolution médicale.

Par ailleurs, touchée par la passion du sport animant valides et non valides, professionnels et amateurs, je tenais à valoriser le savoir-faire du corps médical et la ténacité des patients pour faire d’une déficience visible une force invisible.

 

Remerciements à l’entreprise Orthoway pour les photographies et le témoignage ainsi qu’aux différents patients rencontrés lors de ces journées HandiCap & You.

 

[1] http://www.france-biotech.fr/

[2] Insee chiffres 2014

[3] http://lesprotheseshandisport.e-monsite.com/pages/i-les-protheses-de-jambe/composition-des-protheses.html

[4] http://lesprotheseshandisport.e-monsite.com/pages/ii-le-handisport-et-les-performances-des-protheses/les-handicapes-dans-le-sport-grace-a-l-evolution-des-protheses.html

[5] https://siecledigital.fr/2019/01/28/une-prothese-robotique-permet-aux-handicapes-de-marcher-en-quelques-minutes/

 

Marie Gayot

Marie a étudié à l'Université Technologique de Compiègne. Elle a réalisé 12 ans d'athlétisme à haut niveau avant de débuter sa carrière dans le conseil. Les thématiques de la stratégie, du digital et de la dimension humaine l'intéressent tout particulièrement.

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Marie Gayot
Marie a étudié à l'Université Technologique de Compiègne. Elle a réalisé 12 ans d'athlétisme à haut niveau avant de débuter sa carrière dans le conseil. Les thématiques de la stratégie, du digital et de la dimension humaine l'intéressent tout particulièrement.

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