Le numérique sauvera-t-il le système de santé français ?


Article co-écrit avec Alexandra Tondowski

Une espérance de vie parmi les plus longues en Europe, des dépenses de santé bien plus élevées que la moyenne de l’UE…La France serait donc un modèle en matière de système de santé.

Comme le dit l’adage populaire, « au pays des aveugles, le borgne est roi »… En 2015, 54% des hommes et 44% des femmes sont en surpoids. Par ailleurs, le tabagisme, l’alcool ainsi que l’activité physique réduite, sont autant de problèmes en matière de santé publique.

Même si le système de santé français présente un certain nombre d’avantages (en particulier, un accès au soin facilité par le principe de solidarité), il serait naïf voire même dangereux de sombrer dans un auto-contentement.

Conscient de ces différentes failles, le gouvernement souhaite renforcer notre système actuel en instaurant de nouvelles pratiques. Il a dans cette optique, récemment adopté des projets de lois promouvant les expérimentations liées à la télémédecine (article 51 de la loi de financement de la sécurité sociale, “Ma santé 2022”).

Dès lors, allons nous dans la bonne direction pour rénover notre système de santé ? Une transformation numérique suffira-t-elle à le sauver ? Faudra-t-il opérer un changement des modèles mentaux ? Nous vous proposons d’explorer quelques pistes de réflexion sur ce sujet.

Source : rapport OCDE

Comment le numérique sauvera-t-il le système de santé français ?

Le système de santé français : où en sommes nous actuellement ?

Principes fondamentaux

Le système de santé français est piloté à la fois par l’Etat et les ARS (agences régionales de santé). Ces derniers assurent entre autres non seulement la mise en place de politiques publiques de santé, mais également l’accompagnement des établissements de soins au niveau de leur coordination (ARS) et financement (Etat).

Le financement et le système de remboursement des frais médicaux se décomposent de la manière suivante :

  • Les régimes obligatoires : régime de sécurité sociale (adapté au profil de l’assuré), et régime d’assurance maladie (concernant les plus gros risques de santé)
  • Les régimes complémentaires : prise en charge selon des contrats restreints aux adhérents
  • Les financeurs publics : dépenses de prévention, de recherche médicale etc.
  • Les ménages : toutes dépenses annexes non prises en charge liées à la santé

Source : cleiss.fr

Aujourd’hui, plusieurs modalités coexistent : le financement des soins de ville, hospitalier, et du secteur socio-médical. Mais dans un pays qui évolue avec le digital, des projets de loi ont été adoptés en faveur de l’innovation par les nouvelles technologie, et notamment la télémédecine. De nouveaux modes de financement inédits ont été introduit dans l’article 51 de la loi de financement de sécurité sociale en 2018, permettant à de nouvelles approches d’être ainsi testées avec ce dispositif, dérogeant aux règles de financement de droit commun. L’article 54, quant à lui, vise à rembourser les actes de télémédecine toujours dans des cadres expérimentaux.

Concrètement, qu’est-ce que cela apporte ? 

Désormais, des expérimentations peuvent être initiées et prises en charge pour soigner certains patients via un suivi temporaire plus rigoureux. Par exemple, la prise en charge de patients souffrant d’obésité avec des dispositifs médico-éducatifs. Plus encore, certains programmes expérimentaux permettent à des start-up de se développer via le remboursement de certains actes de télémédecine réalisés dans le cadre de leur activité. C’est notamment le cas du programme ETAPES (Expérimentations de Télémédecine pour l’Amélioration des Parcours En Santé), qui encourage et soutient financièrement certains projets de télésurveillance concernant des pathologies définies (insuffisance cardiaque, insuffisance rénale, insuffisance respiratoire, diabète et prothèses cardiaques implantables).

Nous avions illustré ce fonctionnement dans une précédente interview avec myDiabby, start-up qui propose une plateforme de suivi en ligne des patients diabétiques avec leur équipe de santé habituelle. L’accord établi dans le cadre d’un tel programme permet aux praticiens ou patients d’être rémunérés ou remboursés pour des actes de télémédecine en ville ou en établissement de santé.

On ne sort certes pas du cadre historique de soins (actes de médecine -en ligne-, analyses) mais l’utilisation des nouvelles technologies est non négligeable.

Pourquoi investir dans de tels programmes digitaux ?

Tout simplement parce qu’ils sont rentables et qu’ils permettent de transformer progressivement notre système actuel en un système de santé 2.0.

Un peu d’imagination et de projection : quel serait ce système de santé ?

Imaginons les caractéristiques du système de santé de demain…

Notre système idéal est :

  • connecté : il favorise la télémédecine avec des plateformes facilitant vraiment le suivi des patients – ce type de fonctionnement commence d’ailleurs à être expérimenté avec notamment la plateforme myDiabby pour le suivi des patients diabétiques. Medaviz a aussi initié ce type de  pratique en permettant l’accès à un avis médical 24h/24h et totalement à distance.

L’idée n’est bien évidemment pas de se substituer à des consultations médicales “classiques” en présentiel, mais à les compléter / les enrichir en rendant les patients davantage acteurs de leur santé.

Ce type de plateforme rend possible une meilleure collecte de données de santé du patient et les rend accessibles au corps médical -qui peut de son côté, exercer un suivi à distance et interagir avec le patient en cas d’urgence.

  • rentable : comme nous l’affirmions plus haut, les programmes digitaux transformant notre système actuel, s’inscrivent dans une démarche gagnant / gagnant.

En permettant aux médecins de piloter à distance en continu des pathologies chroniques et aux patients de devenir plus autonomes dans la gestion de leur maladie, des hospitalisations liées à des complications sont évitées. Reprenons l’exemple d’un patient diabétique : l’accès à un rendez-vous avec un diabétologue est inégalement réparti en France. On recensait 1842 médecins en 2018 pour plus de 3 millions de patients, il est donc compliqué de tenir les 4 rendez-vous par patient et par an préconisés par l’AFD. Or en cas de diabète mal équilibré, des hospitalisations en urgence ne sont pas rares et les besoins en traitements sont plus élevés, ce qui coûte cher à l’Assurance Maladie.

Une fois encore nous n’affirmons pas que la télémédecine est le remède infaillible à toutes les situations, mais ce type d’outil reste, nous en sommes convaincues, un sérieux atout -côté patient, médecin et aussi Assurance.

  • durable : nous imaginons un nouveau modèle basé sur une vision long-termiste.

C’est à dire que ce système fonctionnerait davantage sur le mode préventif, pour réduire le curatif (qui est coûteux pour l’Assurance Maladie et qui n’est pas profitable en matière de santé publique). Or comme nous l’avons mentionné en introduction, la France souffre d’un niveau élevé de tabagisme, de consommation d’alcool et de surpoids, il y a donc un vrai travail de prévention et de communication à mettre en oeuvre. Si l’on prend le cas de la consommation d’alcool, les campagnes de prévention jouent surtout sur le risque de prendre le volant en état d’ivresse mais ne mentionnent pas le risque accru de cancer du sein… La France est face à un véritable dilemme, empêtrée dans un modèle mental qui a longtemps consisté à dire “boire un verre de vin par jour est bon pour la santé” ; tandis qu’on sait aujourd’hui que boire un verre par jour augmente le risque de cancer.

Cette digression nous permet d’arriver à la notion de modèle mental, car pour se rapprocher d’un système de santé 2.0, il nous semble indispensable de lever certains freins en termes de cadre de pensée.

Changer de modèle mental

 S’il faut agir sur les structures de notre système de santé, nous pensons que le changement doit également s’opérer collectivement dans les mentalités de chacun.

La capacité à passer d’un modèle curatif à un modèle préventif ne va pas de soi.

En témoigne la consommation gargantuesque de médicaments en France – en 2013, on relevait que les Français consommaient en moyenne 48 boîtes de médicaments par an.

Par ailleurs, 90% des consultations médicales en France débouchent sur des prescriptions médicamenteuses (vs 43,2% chez nos voisins Néerlandais).

Nous sommes prisonniers d’un modèle consistant à penser que la santé passe par la consommation de médicaments et l’automédication élevée est l’une des conséquences découlant de ce mode de pensée.

Outre le fait que cela accentue le déficit de l’Assurance Maladie, cela engendre à terme des conséquences délétères en matière de santé. Par exemple, la surconsommation d’antibiotiques finit par créer une résistance bien problématique en cas d’infection réelle : l’antibiorésistance, qui est un vrai danger.

Un premier pas vers une transformation de notre système consisterait à exposer le modèle mental dont nous sommes “prisonniers”. Sans réelle prise de conscience, il ne peut pas y avoir de transformation profonde.

Le moyen de mettre à nu ce modèle mental pourrait passer par de plus amples campagnes préventives (la France a longtemps négligé ce type d’actions).

En conclusion, nous pensons que le numérique sera un moyen nécessaire pour sauver et surtout transformer notre système de santé actuel, mais il ne suffira pas… Il devra s’accompagner d’un changement de paradigme en matière de santé -arrêter de croire que la santé passe par la consommation de médicaments à tire larigot, mais prêter davantage de soin à son hygiène de vie !

 

Allyriane Mazars

Allyriane est diplômée d’un Master 2 International Business de SKEMA Business School. Elle a enrichi sa formation à l’international au sein de plusieurs types de structures. De l’Europe à l’Amérique du Sud, en allant des PME aux Multinationales, elle a notamment travaillé sur des missions de Gestion de Projet Marketing et Commercial. Aujourd’hui, elle rejoint ISlean Consulting afin d’étendre ses compétences transverses dans le domaine du conseil.

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Allyriane Mazars
Allyriane est diplômée d’un Master 2 International Business de SKEMA Business School. Elle a enrichi sa formation à l’international au sein de plusieurs types de structures. De l’Europe à l’Amérique du Sud, en allant des PME aux Multinationales, elle a notamment travaillé sur des missions de Gestion de Projet Marketing et Commercial. Aujourd’hui, elle rejoint ISlean Consulting afin d’étendre ses compétences transverses dans le domaine du conseil.

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