Pour la première fois hier soir, je me suis rendue à un speed networking au féminin proposé par CentraleSupélec au Féminin, l’association des femmes diplômées de l’école CentraleSupelec. Comme beaucoup de femmes, “réseauter” m’a toujours semblé fastidieux et peu naturel alors j’ai décidé de me mettre à la pratique.

Comprendre l’intérêt et les enjeux du networking “au féminin”

Illustration d'une soirée de type "speed women networking"

Illustration d’une soirée de type « speed women networking »

Quelques exemples de discriminations liées au genre en milieu professionnel

Samiah : la docteure dont on veut effacer le doctorat

Samiah est une jeune femme brillante, avec un diplôme d’ingénieure informatique puis un doctorat en TIC. Samiah souhaite continuer à travailler en R&D et en particulier sur les sujets d’IA. Des conseillers probablement bien intentionnés, et c’est bien là le malheur, lui ont suggéré, afin d’améliorer ses chances d’être recrutée dans un centre de recherche, d’effacer toute mention de doctorat de son CV dans l’objectif de ne pas “paraître surqualifiée pour le poste”. Aurait-on conseillé la même chose si Samiah était un homme ?

Laure : la commissaire aux comptes qui devait “faire certifier les comptes par le vrai chef”

Laure est commissaire aux comptes et a travaillé pendant de nombreuses années dans un cabinet d’audit et d’expertise comptable avant de décider de reprendre le cabinet suite au départ en retraite de l’un des associés. Au-delà du travail colossal que cela lui a demandé de vaincre ses doutes et se convaincre de sa légitimité à le faire, malgré les années d’expérience et sa passion pour son métier, elle doit en plus continuer à faire face à des clients qui lui demandent encore de “tout faire signer par Rodrigo”, ce dernier étant l’autre associé. Aurait-on demandé la même chose à Rodrigo ?  

Monique : l’ingénieure à qui on dit de venir en jupe

Vous en avez certainement rencontré des Monique dans votre vie professionnelle, peut-être lui avez-vous même suggéré, très gentiment, de se maquiller, de porter une jupe, d’attacher ou de détacher ses cheveux ? L’apparence constitue encore de nos jours un facteur déterminant dans une embauche par exemple, en effet “Un test a montré que pour un poste de comptable, une belle candidate avait 52 % de taux de réponse positive, contre 26 % pour une postulante moins séduisante” selon Jean-François Amadieu dans son livre La société du paraître. Evidemment, cette discrimination en particulier n’est pas spécifique aux femmes, mais elle s’ajoute tout simplement à la longue liste des discriminations auxquelles nous devons faire face au quotidien

Karima : la “nénette” qu’on a nommée à la place de Jean-Charles

C’était une remarque anodine, presque innocente, lancée à propos de l’ami d’un collègue qui “n’a pas eu le poste de DG de la structure X parce qu’on lui a préféré une “nénette””. Cette expression dévalorisante révèle un malaise profond dans la perception des compétences féminines en milieu professionnel. Karima, dont le parcours professionnel est probablement tout aussi exemplaire que celui de Jean-Charles, s’est retrouvée réduite à ce surnom infantilisant car elle a été promue à un poste de direction.

Derrière cette anecdote se cache une réalité bien plus sombre : celle d’un plafond de verre impitoyablement épais et d’un biais inconscient persistant à l’encontre des femmes, particulièrement dans les hautes sphères de la hiérarchie. Le terme « nénette », loin d’être un cas isolé, est symptomatique d’une culture d’entreprise où les femmes doivent constamment prouver leur valeur, non seulement en termes de compétences mais aussi en luttant contre une image stéréotypée qui les précède souvent.

Le networking au féminin comme espace de sororité professionnelle, de solidarité et d’empowerment

Face au sexisme ordinaire en milieu professionnel, le networking « au féminin » apparaît comme une bouffée d’oxygène, un espace où solidarité rime avec opportunité. Le « speed women networking » que j’ai expérimenté hier soir, loin de l’exercice fastidieux redouté, fut une révélation. Dans cet espace bienveillant, j’ai rencontré des femmes de tous horizons, unies par un objectif commun : se soutenir mutuellement dans un monde professionnel qui ne leur fait pas toujours de place et encore moins de cadeaux.

Ces rencontres, ces échanges d’expériences et de conseils, m’ont convaincue de l’importance cruciale de tels réseaux. Ils ne sont pas seulement des lieux de soutien moral ; ils sont également des vecteurs de changement, d’opportunités professionnelles, et d’empowerment féminin. Ils nous rappellent que, malgré les obstacles, les préjugés, et les discriminations, nous ne sommes pas seules.

Le gender gap, le plafond de verre, et le syndrome de l’imposture, autant de défis que nous affrontons quotidiennement. Pourtant, au sein de ces réseaux, nous trouvons la force de les combattre. Nous apprenons à valoriser nos compétences, à oser aspirer à plus, à refuser d’être réduites à notre apparence ou à des stéréotypes de genre.

En conclusion, l’union fait la force. Les réseaux de femmes, par leur capacité à créer des ponts, à encourager l’entraide et la solidarité, jouent un rôle essentiel dans la lutte contre les discriminations sexistes en milieu professionnel. Ils nous permettent de ruminer moins et d’agir plus, de choisir nos batailles, et surtout, de ne jamais perdre de vue notre valeur et notre potentiel. C’est dans cet esprit de camaraderie et de résilience que nous pourrons, ensemble, construire un avenir professionnel plus équitable pour toutes.