Comment se métamorphoser : accepter la rupture !

Par mon métier de consultant, je suis amené à découvrir un grand nombre de contextes et de projets d’entreprise. La partie “humaine” de nos missions est une des parties les plus intéressantes. A chaque fois que nous conduisons un changement chez nos entreprises clientes, je repense alors au roman de Stefan Zweig, « L’ivresse de la Métamorphose ».

 

Le changement d’environnement comme innovation de rupture

Dans ce roman, Christine, héroïne malheureuse et malchanceuse qui a subi directement et indirectement les ravages de la 1ère Guerre Mondiale en Autriche, se voit invitée dans un luxueux hôtel par une riche tante expatriée (c’est la “rupture”). Elle sort alors durant quelques jours de la « médiocrité de sa vie » pour accéder à un rêve inimaginable : elle surfe sur la vague de ce changement d’environnement pour se “métamorphoser” naturellement, faisant apparaître des compétences inconnues avant ce voyage initiatique. Elle ne sera plus jamais la même.

Sans vous dévoiler la fin de ce très bon roman, la suite n’est pas aussi belle… elle devient notamment accro à ce mode de vie (c’est l’ivresse de la métamorphose) et son retour forcé à sa situation initiale devient terrible.

Loin de comparer la situation de l’héroïne de Stefan Zweig qui se trouve aux antipodes de la situation de nos entreprises clientes (pauvre Christine, sa vie ne fut que douleur et misère…), ce qui est intéressant dans ce roman est la capacité de chaque être humain à se transformer et à développer naturellement des compétences pour s’adapter à une situation ou un environnement qui se modifie brutalement.

Cette modification est ce qu’on pourrait appeler une innovation de rupture dans la vie de Christine. En passant d’un environnement de pauvre village d’Autriche à un luxueux Hotel en Suisse, son rôle social s’est transformé de modeste et timide employée des Postes en femme extravertie et éclatante. Certes ce changement s’est fait naturellement mais il ne s’est pas produit par hasard, Christine a dû accepter la rupture pour accéder aux avantages de son nouvel environnement.

 

L’allégorie de la conduite du changement par Stefan Zweig

En effet, tout naturellement, les premières heures de Christine dans l’hôtel sont un enfer, ne connaissant et ne maîtrisant pas les codes et les nouveaux usages, elle arpente les lieux, honteuse de ce qu’elle est, et frôle un départ prématuré. Sa tante bienveillante la rattrape in extremis et lui propose son aide pour l’accompagner dans ce nouvel environnement. On parlerait aujourd’hui de coaching bienveillant. Christine l’accepte et sa tante lui donne les clés pour se métamorphoser : de nouvelles affaires, une place de choix dans la salle de réception de l’hôtel, une formation aux nouveaux usages… Christine ouvre alors ses chakras et développe de jour en jour de nouvelles compétences d’oratrice, de danse, de fédération de communauté… Sa tante n’a pas agi directement dans cette métamorphose, elle a juste donné à sa nièce l’assurance, la confiance et les codes pour développer sa nouvelle personnalité et ses nouvelles aptitudes.

 

Combien ai-je de Christine sur mes projets ?

Écrit dans les années 30, cette histoire peut être considérée comme une allégorie de l’irruption d’une innovation de rupture et de sa conduite du changement :

  • Le nouveau service/produit déployé en entreprise étant le passage d’une vie difficile à une vie enrichie des usages bien différents mais développant fortement les compétences des utilisateurs ;
  • Une nouvelle utilisatrice du service étant Christine ;
  • Le dispositif d’accompagnement et de conduite du changement étant l’accompagnement de la tante.

Souvent, je prends du recul grâce aux questions que ce roman m’inspire. Je les partages avec vous :

  • Est-ce que mon projet est assez en rupture pour que mes utilisateurs l’acceptent ?
  • Mon projet n’est-il pas trop en rupture pour certains utilisateurs ?
  • Combien de tantes bienveillantes pour accompagner le changement ?
  • Combien ai-je de Christine dans mes utilisateurs, elle qui a su se transformer en quelques heures ?
  • En combien de temps vont-ils se métamorphoser ?
  • Qui, à l’inverse de Christine, va quitter l’hôtel parce que leur tante n’arrivera pas à les retenir ?

Paul Schwebius