Chez Islean, nous nous sommes intéressés de près de la démocratisation des technologies d’intelligence artificielle (« IA » ci-après). Loin d’avoir un regard moralisateur sur la question, nous avons déjà écrit sur ce sujet, tant sur ses apports, que sur ses risques. En cette période d’élections, face à face avec l’Histoire, voyons comment l’IA pourrait faire exploser la communication politique.
En effet, dans un monde hyperconnecté, où les médias sociaux sont mis à égalité avec les médias traditionnels, l’astroturfing devient une stratégie de plus en plus employée pour manipuler l’opinion publique. Ce terme, souvent méconnu, désigne les efforts coordonnés visant à créer une illusion de consensus ou de soutien populaire, alors que l’initiative provient en réalité d’entités payées ou orchestrées dans l’ombre. 

L’astroturfing : Une ombre numérique aux conséquences politiques

Qu’est-ce que l’astroturfing ?

L’astroturfing est une technique de communication en ligne trompeuse qui consiste à créer une fausse impression de soutien populaire. Contrairement au « grassroots movement » (mouvement populaire authentique), l’astroturfing est souvent orchestré par des organisations ou des individus qui cherchent à influencer l’opinion sans divulguer leur véritable identité ou leurs intentions. Avec l’évolution des technologies de l’information et l’accès généralisé aux réseaux sociaux, cette pratique est devenue plus sophistiquée et plus difficile à détecter.

Des exemples concrets d’astroturfing

Dans le monde politique, l’astroturfing a été utilisé à plusieurs reprises pour influencer l’opinion publique. Un exemple célèbre est celui de la FCC (Federal Communications Commission) aux États-Unis, où près de la moitié des commentaires publics sur la neutralité du net en 2017 étaient en fait générés par des bots, faussant ainsi apparemment le soutien populaire pour la révocation des règles existantes.

En Europe, des cas d’astroturfing ont été observés lors de campagnes électorales, où des groupes politiques ont utilisé des réseaux de faux comptes pour promouvoir des candidats ou discréditer des opposants. Ces comptes, souvent indétectables au premier regard, propagent des informations orientées pour créer une fausse image de consensus ou de dissension. Cette technique fut notamment utilisée dans l’hexagone lors de la campagne présidentielle de 2022.

Du côté de l’Empire du Milieu, le Parti des 50 centimes est un collectif mis en place par le gouvernement chinois, dont la mission consiste à diffuser massivement des commentaires soutenant la politique du gouvernement. En 2008, on estimait que le groupe comptait environ 300 000 membres en Chine.

Dangers d’une communication contradictoire

Un risque particulièrement insidieux de l’astroturfing est sa capacité à présenter des faces contradictoires d’un même argument à différents groupes ciblés. Imaginez un candidat politique qui, à travers des campagnes d’astroturfing sophistiquées, soutient la proposition « A » sur les réseaux sociaux populaires chez les jeunes électeurs, et « non A » sur des plateformes fréquentées par un public plus âgé, l’aboutissement ultime de la propagande politique. Cette stratégie peut non seulement semer la confusion mais aussi diviser la base électorale sur des lignes de fracture non authentiques, dégradant la qualité du débat public et compromettant la sincérité du processus démocratique.

Comment identifier l’astroturfing ?

Pour reconnaître l’astroturfing, il est vital de surveiller certains indicateurs :

  • Uniformité des messages : des messages qui semblent trop similaires ou robotiques peuvent indiquer une campagne d’astroturfing.
  • Vérification des sources : il est crucial de vérifier l’origine des messages et la crédibilité des comptes qui les diffusent.
  • Analyse des patterns de diffusion : une propagation anormalement rapide ou un soutien inattendu à certaines idées peuvent aussi être des signes révélateurs.

Stratégies pour contrer l’astroturfing

La lutte contre l’astroturfing exige un effort collectif :

  • Éducation et sensibilisation : éduquer le public sur la nature et les tactiques de l’astroturfing est essentiel.
  • Régulations et lois : des cadres législatifs plus stricts pour réguler les activités en ligne et garantir la transparence des campagnes politiques.
  • Technologies de détection : le développement et l’utilisation de technologies avancées pour identifier et filtrer les contenus générés par des bots ou des campagnes d’astroturfing. Lors d’une précédente expérience dans le secteur, il y a presque 5 ans, je me souviens que des acteurs de l’IA s’inquiétaient déjà des risques de ces technologies, où de celles des Deep Fakes et de leurs impacts sur la démocratie.Si la démocratisation de l’usage de ces technologies, chez “Monsieur et Madame tout le monde”, n’est pas encore aboutie, force est de constater que ce risque s’est accrue ces dernières années, mais qu’aucune solution ne s’est encore propagée. 

Conclusion

L’astroturfing est une menace sérieuse pour la démocratie et la confiance publique. En comprenant ses mécanismes et en restant vigilants, nous pouvons espérer préserver l’intégrité de notre espace public numérique. Seule une action concertée entre citoyens, législateurs et des entrepreneurs de la tech’ pourrait atténuer les effets de cette pratique et maintenir une société informée et engagée.