Industrie 4.0 : une (r)évolution ?


Industrie 4.0, usine du futur, smart factory, usine connectée : autant de termes pour un même concept. Si les notions de « futur », « d’intelligence » et de « connexion » renvoient notre esprit à des concepts appréhendables, que faire du 4.0 ? Pourquoi pas l’industrie 10.2 ? ou bien la -0.45 ? En réalité, le sens de ce « 4 » est bien plus puissant que les simples notions d’intelligence, de futur et de connexion toutes 3 réunies. Ce « 4 » suggère l’avènement d’une quatrième révolution pour nos industries. Le « .0 », quant à lui, renvoie à l’univers du numérique qui est à la base de beaucoup des mutations technologiques et organisationnelles qui s’opèrent dans les usines aujourd’hui.

Un peu d’histoire

« Ceci est une révolution »… Le terme est fort, et très galvaudé, et pour l’utiliser dans notre cas, je trouve prudent de faire un peu d’histoire car, si 4ème révolution industrielle il y a, 1ère, 2ème et 3ème révolutions industrielles il y a eues ! La mécanisation d’abord, permise notamment par l’invention de la machine à vapeur puis la densification des extractions de charbon. La seconde révolution industrielle rimait, elle, avec production de masse – cela grâce au pétrole, l’électricité par extension et également grâce aux nouvelles méthodes d’organisation de la production : le Fordisme puis le Taylorisme et enfin le Toyotisme. La troisième révolution est celle de l’apparition des technologies électroniques et de télécommunication qui ont permis l’émergence des automates et des systèmes d’information dans les usines. A peine cette 3ème révolution nommée et identifiée que l’on parle déjà de sa sœur cadette, alias la 4.0. Aurait-on devant nous un corollaire de la Loi de Moore appliqué aux révolutions industrielles ? Après tout, maintenant que le numérique a pénétré les usines, cela ne serait pas si surprenant.

La révolution comme rupture

La notion de révolution est étroitement liée à celle de rupture. Dans le cas des révolutions industrielles, on parlera plus volontiers de ruptures technologiques : la machine à vapeur, la miniaturisation des composants, le nucléaire, etc. Il est pourtant difficile d’assigner une et une seule rupture technologique à une révolution industrielle. L’IoT, le Big Data, l’intelligence artificielle, la réalité virtuelle, la réalité augmentée, les MES, le jumeau numérique, la fabrication additive (et j’en passe !) sont autant de technologies qui renvoient au 4.0. A une heure où, en France, la part du secteur industriel peine à dépasser 10% du PIB, l’ère 4.0 est pourtant loin de n’être qu’une introduction bête et méchante de ces nouvelles technologies dans les usines… Elle répond à des enjeux bien d’actualité ; la production en masse de produits personnalisés, mais également des enjeux plus globaux : économiques, organisationnels, de RSE, etc. Beaucoup d’entreprises – comme Safran, Daher, PSA, Renault et bien d’autres entreprises avec leurs programmes « Usine du Futur »- ont déjà pris conscience du virage qui est en train de s’opérer et de l’opportunité qu’offrent ces nouvelles technologies à répondre à ces enjeux.

La « révolution » en vitrine

L’usine 4.0 a ceci d’une révolution industrielle qu’elle est aujourd’hui une course : entre entreprises concurrentes mais également entre pays. Les technologies utilisées dans le 4.0 ont d’ores et déjà montré leur impact positif sur les indicateurs traditionnels du secteur industriel : la qualité, les coûts, les délais et la sécurité. D’autre part, la présence d’usines compatibles « industrie 4.0 » dans un pays constitue aujourd’hui un argument témoignant de sa puissance industrielle. En début d’année, le 5 janvier 2019, le président turc Erdogan vantait par exemple l’ouverture d’un site industriel 4.0 PepsiCo : cette ouverture fait pour lui la double démonstration d’une forme de maturité industrielle de son pays et de sa capacité à accueillir de tels activités. En somme, le 4.0 est devenu un argument de vente, un « label ».

La révolution comme confrontation

À la notion de révolution est également liée celle de la confrontation. Pour le coup, les affrontements liés au 4.0 existent bel et bien ! Que ce soit pour imposer sur le marché des protocoles de communication universels entre les machines – comme l’OPC UA choisi par les Allemands et les Américains – ou pour définir des standards d’évaluation de la maturité 4.0 qui fassent loi, la bataille est déjà lancée.

La révolution comme évolution

Au-delà du clin d’œil au numérique, l’introduction d’un versionnage « .0 » a également du sens. Le spectre des industries et de leur état de maturité en termes de possession et d’utilisation des technologies numériques est très large. Même si les entreprises cherchent parfois à opérer des ruptures technologiques, on parlerait plus aisément d’une dynamique d’évolution plutôt que de révolution : l’évolution d’une version à une autre par l’introduction au compte-gouttes de technologies ad hoc sur l’outil de production existant. Avec le 4.0, il n’est donc pas forcément question de faire table rase de l’ancien : les couches de technologies s’empilent. Il s’agit d’ailleurs là d’un défi majeur pour les DSI : assurer l’évolution de la maturité technologique de l’entreprise en minimisant les risques et en maximisant la fiabilité, la flexibilité et les gains. En ce sens, les nouvelles technologies (donc celles du 4.0) ont déjà révolutionné l’approche IT des entreprises.

Conclusion

Même si la vague 4.0 a engendré de brusques mouvances dans l’univers industriel (confrontations, course au 4.0) il est intéressant de noter à quel point – plus que jamais – cette révolution est liée à la notion d’évolution. Le 4.0 est d’abord une révolution du rythme auquel les nouvelles technologies se multiplient et évoluent (on parle déjà d’impression 4D, de nanotechnologies, etc.). Par Darwinisme, l’évolution et la démultiplication de ces technologies imposent une remise en question de la posture stratégique des entreprises et particulièrement des DSI : pour survivre dans cet environnement, il ne s’agit plus d’opérer « simplement » des ruptures mais d’assurer l’évolution numérique avec une vision cohérente à long terme. Il est d’ailleurs amusant de remarquer qu’en France nous préférons le terme « d’usine du futur », lié à la notion d’évolution, à celui « d’usine 4.0 » – principalement utilisé en Allemagne – lié à la notion de révolution.

 

Pour aller plus loin, je vous recommande l’article suivant :

Industrie du futur – retours du séminaire ADN’Ouest

Le numérique : la dernière révolution de l’humanité ?

Loïc Leprat

Diplômé en 2018 de L’Université de Technologie de Compiègne, Loïc a suivi un parcours d’ingénieur généraliste en orientant ses expériences professionnelles dans le domaine de l’amélioration de la performance industrielle

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