Sans aucune surprise, l’utilisation du numérique dans le système éducatif français est en constante augmentation. Selon une enquête de 2022 menée par l’Académie de Paris, aujourd’hui, 92% des enseignants du second degré l’utilisent en préparation des cours, 77% l’utilisent en classe à minima pour enrichir leurs cours. Cependant, cette utilisation croissante soulève également des préoccupations majeures concernant la protection des données personnelles des élèves mettant en évidence les risques de surveillance, de profilage et de cyberharcèlement

Défis autour de la protection des données personnelles des élèves

L’utilisation du numérique en hausse dans le système éducatif français

L’essentiel pour enseigner : l’équipement, la connaissance et le contenu

Au cours des dernières années, les acteurs de l’éducation ont déployé de nombreux efforts pour intégrer les technologies numériques dans les salles de classe, les programmes d’études et les méthodes d’enseignement, parfois sans accorder une attention suffisante à la protection des données personnelles.

Dans un premier temps, l’Éducation Nationale a souhaité équiper les établissements, rappel des faits. En 2015, le gouvernement français a lancé le Plan numérique pour l’éducation. Ce plan visait à accélérer l’intégration du numérique dans les écoles. Ce plan prévoyait notamment l’équipement des établissements scolaires en matériel numérique tel que des ordinateurs, des tablettes et des tableaux interactifs. En 2017, un nouveau programme est lancé pour soutenir les écoles situées en milieu rural dans leur transition numérique. Le budget alloué au numérique dans l’éducation a augmenté de 50% entre 2017 et 2022. En 2018, selon l’enquête internationale Talis, 92% des enseignants des 1er et 2nd degrés en France utilisaient le numérique pour préparer leurs cours, 36% l’utilisaient fréquemment en classe, moins de 20 % prescrivaient des activités pédagogiques numériques à la maison.

Mais, équiper les établissements n’a pas de sens sans former les enseignants, dans la pratique ou dans l’animation d’une classe. Des programmes de formation ont été mis en place pour aider les enseignants à utiliser efficacement les outils numériques. Cela comprend l’apprentissage de logiciels éducatifs, l’intégration de la technologie dans les plans de cours et l’utilisation de plateformes en ligne pour la collaboration et l’enseignement à distance depuis la pandémie de COVID19. Pourtant, 16% des enseignants dans le primaire et 29% des enseignants du collège seulement s’estiment bien ou très bien préparés dans la formation initiale à son utilisation (Enquête Cnesco 2021 et Talis 2018).

Une fois à disposition les équipements, une fois les enseignants formés, il nous manque le contenu à dispenser aux élèves. Aujourd’hui, de plus en plus de ressources éducatives numériques sont disponibles, allant des manuels scolaires en ligne aux simulations interactives et aux cours vidéo. Ces ressources offrent une variété d’approches d’apprentissage et permettent aux élèves d’accéder à du matériel supplémentaire pour approfondir leurs connaissances.

L’enseignement personnalisé

Aujourd’hui, avec l’arrivée de l’intelligence artificielle, l’évolution des défis de l’éducation numérique est inévitable. Si vous avez lu l’un de nos derniers articles sur le lancement de la plateforme MIA Seconde, vous avez certainement compris que l’Éducation Nationale souhaite proposer un apprentissage personnalisé aux élèves. Les technologies numériques permettent une plus grande personnalisation de l’apprentissage. Les plateformes d’apprentissage en ligne comme MIA Seconde peuvent également suivre les progrès des élèves et fournir des commentaires instantanés.

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Face à cela, cette utilisation du numérique confronte le système éducatif à de nombreux enjeux de données personnelles

Les réglementations sur les données personnelles ne protègent pas les données collectives anonymisées

L’usage quotidien généralisé des technologies de l’information et de la communication des élèves, de leurs familles, des enseignants et du personnel administratif a un impact significatif sur les pratiques numériques dans le milieu scolaire, de la maternelle à l’université. Les premières observations de ces comportements soulèvent des interrogations quant à l’utilisation éventuelle des données personnelles une fois numérisées.

En revanche, moi-même, j’ai été étonné en me renseignant sur la réglementation RGPD. Actuellement, ni le RGPD ni la loi sur l’informatique et la liberté ne traitent explicitement de la question des traces et des données collectives, à moins qu’il ne soit démontré qu’elles permettent directement ou indirectement d’identifier une personne physique. De ce fait, avec les capacités futures des algorithmes de calcul, il sera, s’il n’est déjà pas possible, par des croisements, possible d’obtenir des informations à caractère personnel à partir de données considérées initialement comme des données anonymes.

Les risques sur les données personnelles

  • Atteinte à la vie privée et au droit à l’image

La collecte démesurée de données qui ne servent pas à des objectifs pédagogiques essentiels peut poser un risque. Il y a le danger que ces données soient diffusées ou piratées. Cela expose ainsi les élèves à des situations de harcèlement ou d’exploitation en ligne. Le manque de transparence et de contrôle concernant l’utilisation de ces données par les élèves et leurs parents peut engendrer des préoccupations et des incertitudes quant à la protection de la vie privée et des droits individuels.

  • Surveillance et profilage

L’utilisation des données pour surveiller les actions des élèves et les diriger vers des itinéraires prédéfinis peut avoir des répercussions néfastes. Il existe un risque de discrimination et de stigmatisation envers les élèves qui rencontrent plus de difficultés. De plus, il y a un manque de garanties quant à l’utilisation de ces données par des entités privées ou à des fins de sécurité. Cela qui des préoccupations supplémentaires en matière de confidentialité et de protection des droits individuels.

  • Cybercriminalité et cyberharcèlement

Les élèves peuvent être vulnérables à diverses formes d’agression en ligne, notamment les cyberattaques. Des individus malveillants peuvent tenter d’accéder à leurs informations personnelles ou compromettre leur sécurité en ligne. De plus, l’usurpation d’identité peut entraîner des conséquences graves. Ces conséquences peuvent être la diffusion d’informations fausses ou la manipulation de l’image d’un élève.

De son côté, le cyberharcèlement est également une menace préoccupante. Les élèves peuvent être victimes d’intimidation, de menaces ou de diffamation en ligne. Ces comportements peuvent avoir des effets néfastes sur la santé mentale et le bien-être des élèves. Les isolant socialement et affectant leur performance scolaire. Le cyberharcèlement peut prendre différentes formes et représente un sujet d’importance capital pour le gouvernement. Gabriel Attal, lors de sa brève expérience en tant que Ministre de l’éducation, soulignait l’importance de combattre ce fléau. « Dès l’adoption définitive de ce texte, nous pourrons bannir les élèves harceleurs des réseaux sociaux qu’ils ont utilisés pour s’en prendre à d’autres élèves. ».  La peur doit disparaître. Par cette mesure, nous assurons la sécurité numérique des élèves victimes de harcèlement. »

  • Verrouillage pédagogique et commercial

Lorsque l’on parle de risque au niveau des données personnelles des élèves, on ne pense pas au verrouillage pédagogique et commercial. Et pourtant, il existe un risque de dépendance accrue à l’égard de ces solutions. Cette dépendance peut limiter la capacité des éducateurs à choisir les outils les mieux adaptés à leurs besoins spécifiques. Ce fléau est encore sous-évalué mais il représente un véritable enjeu au niveau de l’éducation numérique de demain.

Sur le volet du verrouillage commercial, la problématique est quasi-similaire. Les élèves s’habituent à utiliser tel équipement, telle solution. Ils façonnent des habitudes qui seront difficiles à modifier ultérieurement.

Impact sur la relation et la confiance des élèves et des familles envers l’école

La transparence et la communication sont essentielles. Lorsque les écoles expliquent clairement aux élèves et à leurs familles quelles données collectent, dans quel but et comment elles les utilisent, cela contribue à établir un climat de confiance. Les familles doivent se sentir informées et en mesure de donner leur consentement éclairé à la collecte et au traitement des données de leurs enfants.

Si les familles ont l’impression que leurs données personnelles ne reçoivent pas une protection adéquate ou sont utilisées de manière inappropriée, cela peut susciter des préoccupations quant à la confidentialité et à la sécurité des informations personnelles de leurs enfants. Cela peut également nuire à la relation de confiance entre les élèves, les familles et l’école.

On ne le répétera jamais assez mais il est essentiel que les écoles adoptent des pratiques de protection robustes. Ces pratiques doivent garantir la sécurité, la confidentialité et le respect des droits individuels.

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Protéger les données personnelles : les comportements essentiels à adopter

  • Sensibiliser et former des acteurs de l’éducation

Des sessions de formation régulières peuvent être organisées pour expliquer les bonnes pratiques en matière de collecte, d’utilisation et de protection des données. Ces sessions s’adressent à tous les acteurs d’un établissement : le corps enseignant, le personnel administratif, la direction.

  • Mettre en place des politiques de confidentialité et de sécurité des données

Une politique claire sur la collecte, l’utilisation et le stockage dans un établissement participe à protéger les données. Ces politiques peuvent inclure des mesures de sécurité telles que la gestion des mots de passe dans l’établissement, la restriction de l’accès aux données sensibles et la procédure à suivre en cas de violation de la sécurité des données.

  • Utiliser des technologies de protection des données

Les technologies telles que le chiffrement des données, l’anonymisation et la pseudonymisation renforcent la sécurité des données. Le chiffrement rend les données illisibles pour toute personne non autorisée. L’anonymisation et la pseudonymisation réduisent le risque d’identification des individus à partir des données collectées.

  • Surveiller les pratiques de collecte et de traitement des données

Une stratégie de protection des données peut fonctionner à un instant précis. Cependant, rien de garantit que cette stratégie fonctionnera à moyen ou à long terme, notamment vis-à-vis des progrès technologiques. Il est crucial de mettre en place des mécanismes de surveillance et d’audit pour évaluer en permanence les pratiques. Cela peut inclure des examens périodiques des politiques de confidentialité, des évaluations de sécurité des systèmes informatiques et des audits internes ou externes des processus de gestion des données.